L’exotisme, quand même

J’ai découvert plusieurs choses exotiques aujourd’hui.

La première, c’est qu’on a déjeuné dans un shopping mall qui était, ma foi, agréable – et je sais combien cette remarque peut sembler étonnante, surtout quand on me connaît, mais franchement l’endroit était chouette. C’était en plein air : une rue bordée de magasins qui ressemblent à des maisons. J’ai trouvé ça cent fois moins kitsch que, disons, Bercy village par exemple. On est aux États-Unis, après tout, donc c’est normal de voir ces petits temples de la consommation, bien plus normal qu’à Paris ; et celui-ci était chouette, pas prétentieux du tout. Surtout que le ciel était bleu, qu’on a déjeuné dehors, au soleil. Voilà, je le dis une fois pour toutes : j’ai pris du plaisir dans un centre commercial.

L’autre truc exotique est plus excitant encore. C’est le matin. On se promène dans le Golden Gate Park avec Zadie quand, tout à coup, celle-ci se fige devant une motte de terre. Elle prend la pose : oh, le bel instinct chasseur ! Où a-t-elle appris ça ? (ça se transmet depuis la nuit des temps, il paraît). Elle a repéré la bestiole qui vit là-dessous, dans une galerie. « A mole », me dit J., « or maybe a gopher ». Ah bon ? Mais qu’est-ce que c’est, a gopher ? Je ne connais qu’un mot, en français, pour dire taupe. Et voilà que J. me donne deux mots anglais. Et la petite bête qui sort de son trou, qui dévisage Zadie droit dans les yeux (le regard qu’elle lui lance, là, c’est quelque chose) et qui redescend aussi sec dans sa galerie – quel nom porte-t-elle, cette petite bête ?

Figurez-vous que c’est une gaufre à poche, que j’ai vue ce matin (et à qui Zadie a eu la bonté de laisser la vie sauve). C’est comme ça qu’on dit en français. Oui, une gaufre. Comme les gaufres de Liège, mais sans le sucre glace, et avec une poche pour stocker les victuailles, comme les hamsters. Je ne connaissais pas ça. Vous non plus, sûrement. Et notre lacune de vocabulaire n’est pas la seule responsable de cette ignorance, c’est surtout parce que ces trucs-là, on n’en trouve pas chez nous : ce sont des animaux typiquement américains. Oui, oui. Et donc : tout à fait exotiques pour moi (et pour vous).

Voilà à quoi je pense, ce soir, en cherchant son nom sur Wikipédia – depuis le jardin, à l’ombre des sequoias, où je me rappelle avoir vu des colibris il y a deux ans. Je disais hier que j’aimais être « chez moi », et que je ne cherchais pas l’exotisme. Mais il y en a quand même, forcément, tout autour de moi.

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