Faire connaissance

par Antonin Crenn

Si on aime les vieilles pierres, Luçon, c’est chouette. Moi, j’aime ça, les vieilles pierres. Je n’ai pas encore visité la cathédrale, mais j’ai vu le château d’eau, qui est une autre cathédrale à sa manière, en béton 1900 avec des ornements beaux comme tout. Je l’ai vu hier quand il faisait soleil. Cet après-midi, il bruine gentiment.

J’ai pris les rues derrière « chez moi », qui portent des noms comme : rue de l’Aumônerie, des Chanoines, de l’Union-Chrétienne, du Grand-Carmel : vous voyez le genre. C’est à cet endroit qu’on voit le Carmel, justement, et d’autres édifices magnifiques plus ou moins sacrés, et des hôtels particuliers aussi. J’ai suivi la rue du Port pour arriver au portfeu le port, parce que dans le port de Luçon, il n’y a plus d’eau depuis belle lurette. Ils l’ont comblé dans les années 70 : aujourd’hui, c’est une place en travaux avec un square et un bâtiment tout neuf (on me souffle dans l’oreillette que, du coup, il y a de nouveau de l’eau dans le port, puisque ce bâtiment est une piscine — merci à l’oreillette). Je remonte vers la ville. Je tombe sur une halle arrondie (c’est marrant) et un gymnase qui vaut le coup (il est en pierre : j’aurais cru une église ou une caserne de pompiers). J’arrive dans la zone moche (je crois qu’il faut dire « zone d’activités ») : j’avais repéré qu’il fallait venir jusque là pour trouver le brocanteur, à qui j’achète deux cartes de Vendée.

Une « routière et kilométrique » dressée par Justin Vincent, agent-voyer, et une « touristique » qui vous dit où faire du cheval, et où trouver du congre, de la daurade ou des pétoncles. On cause. Il me montre un livre terrible sur Paris qui me fait drôlement envie, mais je ne suis pas là pour acheter des trucs sur Paris. Je me sauve (en vrai, je crois que je reviendrai l’acheter). En traversant des lotissements impossibles, je tombe sur une vieille connaissance (ouf) : une rue du Commandant-Charcot. Ça me fait plaisir. J’ai envie de voir le cimetière et c’est à ce moment que le crachin gentillet devient une pluie, une vraie : j’ai pris exprès mon imper acheté l’été dernier en Bretagne, ça ne m’empêchera donc pas de voir quelques monuments et de remarquer qu’il est écrit dessus, plus souvent que dans d’autres cimetières visités, « ici repose le corps de » (ils précisent « le corps »). Je reviens en ville, il ne pleut plus. Tiens, le château d’eau ! il est aussi beau qu’hier. Quasi en face de chez moi, il y a le jardin Dumaine. Je le parcours avant de rentrer : c’est grand et c’est chic, c’est le genre de parc dont les allées romantiques sont dessinées exprès pour qu’on s’y perde. Au fond, des buissons sont taillés en forme d’animaux : il y en a un, je me demande si c’est un baudet du Poitou.

Sans me vanter, ce soir, je peux dire que je connais Luçon mieux que ce matin.