Éducation sentimentale avec un rongeur

par Antonin Crenn

C’est le sous-titre de ce texte que j’ai écrit pour le hors-série no3 du Cafard hérétique : « Puisque l’un d’entre nous doit mourir ». Le point de départ de cette histoire est un dessin de Jacques Cauda (à qui le numéro est consacré), représentant un animal chelou. Il n’est pas très en forme, ce rongeur, et je ne crois pas faire offense à Jacques en l’affirmant :

Les joyeux camarades du Cafard (qui n’engendre pas la mélancolie : on le saura) ont chacun écrit à partir d’un animal de Jacques Cauda : c’était le principe de ce numéro de fête. Moi-même, je l’ai fait une deuxième fois, à propos d’un aigle. Vous verrez ça dans la revue, je déballe pas tout ici.

Mais revenons à ce rongeur, pas très dans-son-assiette. Moi, il m’a fait penser à un hamster. Parce que le vrai point de départ de cette histoire, il est plus lointain. Il s’appelait Gaston et, pour une raison que j’ignore, on l’appelait aussi Arturo. C’était mon hamster. J’ai vécu une expérience forte avec lui quand j’avais douze ans. Une sorte de pari pascalien ou de dilemme cornélien ou de je-ne-sais-quoi encore, mais un truc vachement philosophique en rapport avec la destinée, avec l’amour et avec la mort. C’est cela, le sujet de ce texte, et ça a encore plus de sens quand on me connaît, ou quand on a connu Gaston. Mais ça, ce n’est pas donné à tout le monde.

Puisque l’un d’entre nous devait mourir (d’autres que nous, avant Gaston et moi, nous avaient précédés), eh bien, c’est lui qui est mort le premier. Je ne le dis pas dans ce texte – mais cela va de soi, puisque c’est moi qui l’ai écrit et que je suis encore assez vivant pour le faire.

Je viens de vérifier : le rongeur est mort en 2001, c’est écrit dans mon journal.