Vingt mètres nous séparent

Je ne l’avais jamais remarqué. Il doit être nouveau.

Il y a souvent une corneille sur la cheminée. Elle ne reste pas longtemps : elle contemple les alentours, elle s’envole. Moi aussi, j’observe. Il y a une femme qui téléphone à la fenêtre. Une autre étend du linge, à une autre fenêtre. Au quatrième, c’est souvent ouvert en grand : la petite table est décorée d’un damier, ou bien d’un échiquier (je ne peux pas compter les cases : je suis myope), mais elle ne sert jamais au jeu. C’est juste une table. Plus loin, dans le même pâté de maisons que moi, mais à l’autre extrémité, il y a cet arbre oblique. Une sorte de gros sapin qui penche, une tour de Pise sempervirens. Un couple déjeune sur ce toit. L’ombre de cette chose ne les atteint pas, tant la terrasse est large. Au fond de la scène, un clocher empaqueté dans la toile blanche.

Juste en face de moi, un septième étage. Cet immeuble est identique au mien. Mais celui d’à-côté n’en a que six : les arbres du square dépassent, au-dessus du zinc. Ce dernier étage n’est pas aussi mansardé que chez moi : les fenêtres sont grandes, en pleine hauteur. Elles ont la taille d’un homme. Et il y a un homme, là-dedans. Je ne l’avais jamais vu. Je ne sais pas s’il est beau, je ne vois pas son visage (je suis myope, et vingt mètres nous séparent). Je sais que ses jambes sont nues : il est en caleçon et en t-shirt. Il est jeune. Je vois seulement des petits bouts de lui, quand, par hasard, un geste le fait sortir de l’ombre, derrière le mannequin. Il pique, il coud. Je ne sais pas si ce garçon est beau : ce qui est beau, ce sont les mouvements de ses mains sur le buste toilé, les courbes qu’il décrit autour de cette forme humaine. Ce qui est beau, c’est qu’il travaille si près de la fenêtre ouverte, presque dehors.

Je ne l’avais jamais remarqué. Il doit être nouveau.

La vie, ici aussi, c’est vraiment aucun sens

Bien, c’était cool, ouais, ça. Te tu reparlera bientôt, ouais. Elle a écrit tous, moins, je réponds aussi, y’a alors qu’il c’est pas dire, ouais. J’mal sais déjà travaillé ça, mais là ça fait un travail. Zidane est travaillé. Vous vous disons déjà, quand on travaille ma piscine, pas en novembre. Parle que allô, ce profil : bah regarde aussi, après avoir, ouais. Oui, merci. Concrètement, mon avis parce que si, si mon cœur ressens ça, c’est parce que, en fait, bonjour fille. Quand je trouve difficilement supportable, parce que je faut piscine. Plus ce sera pour l’an, parce que sa personne, moins de j’ai pas fin. On est très bien ici, c’est vrai, mon oncle déjà difficile à supporter, souvent, et alors on se… parce que c’est bien mon. Commencer la, trois adhérents, donc il va falloir soir changer. Je suis pas trop sur le tuer, allez que tout est un ange. Le grandement de prendre le cul dans l’économie des entrepreneurs, le profil avant, non. Ce, moi aussi, le moment là c’était un pari de facilité. Cliquer sur rond, alors que le resto seul, je rentre que parler entre moi besoin ! Et c’est libre, ils ont un travail, bah. Il voila, c’est ce, depuis le mois mis debout, encore, ouais, avant d’avoir l’avis. Plus seul, fin mon mouvement. Je suis de foot, coucou, y’a pas besoin de cheval. C’est bien, ce que tu viens. Je, cette situation assez, moins extrême, ça, ce voilà, en fait, très question. Cc sur le site, pour ce mois bien commencer. J’ai très fragile. Y’a ceux qui vont bien, ce si c’est un risque, balance. Faut que cette maladie, France Baron. Ã ce truc, ce quand l’autre d’avance. NCIS, quoi. Voilà, je passer TV. François, fois ici, pour justement. Tu as cité, pour me faire du mal, et toi, moi. Tu as des degrés divers, soucis sociables s’il balance comme ça. Il faut pas particulièrement, je suis passé sous le pied. Si si, fils, parle vraiment. Pas du tout. La vie, ici aussi, c’est vraiment aucun sens. Je confirme aussi le titre, c’est de faire toi.


J’ai passé une heure au téléphone avec quelqu’un. J’ai dû parler beaucoup. Sur le bureau, à deux mètres de distance, l’outil dictée de mon ordinateur était en route, allez savoir pourquoi. Voilà ce qu’il a retenu de mon discours : un mot par-ci, une syllabe par-là. Il a mis ces trucs bout à bout. Je n’ai rien changé ; j’ai juste ajouté de la ponctuation. C’est moi qui parle, mais ce n’est pas moi. Il y a un filtre entre nous.

Vingt histoires à Montauban

C’était un jeu. J’avais imaginé les règles de ce jeu : écrire une histoire qui se passe dans une rue de Montauban. La contrainte, ce n’est pas moi qui l’avais décidée : les participants à l’atelier d’écriture ne pouvaient pas parcourir cette rue librement, parce que tout le monde devait rester confiné. Alors, j’ai proposé d’écrire à partir des images figées par Google Street View, d’une part, et de la mémoire, d’autre part. La mémoire intime, celles des choses vécues ; la mémoire partagée, celle des choses apprises sur l’histoire du lieu. Vingt personnes ont joué le jeu et, grâce à elles, j’ai visité Montauban depuis Paris ; un voyage dans le temps et l’espace.

Les vingt textes sont publiés sur le blog de la résidence. On peut les lire depuis la carte ci-dessus ou depuis le sommaire, sur cette page.

Je ne crois pas que je volais, j’étais en suspension

La grande librairie Boulinier du boulevard Saint-Michel va fermer. Ou alors : elle vient de fermer. Dans le journal, on précise que ce bâtiment est familier des employés de l’Assemblée nationale, ou d’un ministère quelconque, puisqu’il accueillait la cantine de cette administration avant de devenir la librairie. Nous nous rendons sur place pour visiter le bâtiment désaffecté : une grande halle industrielle du XIXe siècle, au charme fou. En parcourant les étages, on s’aperçoit qu’il n’est pas entièrement vide. Au contraire, il semble qu’il est prêt à recevoir, à nouveau, des travailleurs pour déjeuner : les tables sont mises. Je fais remarquer à J.-E. que les chaises sont très proches les unes des autres ; j’ignore si cette remarque m’est inspirée par le contexte de « distanciation sociale » ou par autre chose, mais, en fait, les sièges ne sont pas plus proches que dans n’importe quel restaurant. Les travaux ne sont pas terminés : nous marchons sur de grandes plaques de bois aggloméré, comme celles qu’on pose sur les trous du trottoir quand il y a des travaux de voirie. On voit dans les interstices : à l’étage inférieur, d’autres tables. Sur les murs sont affichés des plans d’architecte : ça m’intéresse beaucoup. Je les observe en détail, essayant de me repérer dans l’espace (tout le quartier est dessiné). J’identifie les noms des rues (on est maintenant dans le faubourg Saint-Germain, ce qui est logique avec cette histoire de ministère). Les bâtiments sont représentés en rouge ou en jaune. Je me creuse la tête, et je finis par comprendre la signification de ces couleurs. Elles signalent : en rouge, les bâtiments qui appartiennent entièrement au groupe LVMH (dont le nôtre fait partie) et, en jaune, ceux dont le sous-sol uniquement lui appartient. J’explique ça à J.-E. : « Ils achètent les caves des bâtiments voisins pour créer une continuité entre leurs immeubles, afin qu’on puisse passer de l’un à l’autre, par les souterrains, sans jamais quitter leur domaine. » Il me rappelle alors que, récemment, nous avions visité un musée au Trocadéro, puis nous avions emprunté un système de couloirs (comme le souterrain qui relie les deux musées, sous la place du Capitole), si bien que nous étions ressortis dans une rue, très loin de notre point d’entrée. Le lieu qu’il décrit n’existe pas dans le Paris réel ; nous n’évoquons pas cette autre expérience, vécue quant à elle, qui a forcément servi de modèle à mon rêve : on peut désormais entrer dans un immeuble de la rue du Plâtre, en sortir par la rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, puis entrer dans un autre, traverser le square du même nom, et rebelote vers la rue de la Verrerie, pour ressortir d’un quatrième bloc par la rue de Rivoli, c’est-à-dire : parcourir trois cents mètres sans quitter le domaine immobilier du groupe BHV Galeries Lafayette. Je poursuis l’exploration du bâtiment, véritablement immense. L’espace est un peu modifié : c’est une halle très lumineuse, comme la halle Freyssinet avant qu’elle soit cloisonnée. Il me semble que je suis seul désormais. Un escalier monumental s’ouvre devant moi. Je m’apprête à le descendre ; à ce moment, quelque chose de spécial se produit. Il faut que j’interrompe ce récit pour l’expliquer.

Hier soir, juste avant la nuit de ce rêve, j’ai lu une nouvelle de Jérôme Orsoni, « Dans le nuage de brume ».

« Je sais simplement que je m’étais soudain trouvé dans un nuage. Et pas seulement la tête, non, le corps tout entier. Pourtant, j’avais les pieds sur terre. Et même si je ne les voyais plus, mes pieds, je ne crois pas que je volais. J’étais en suspension. Avais-je les pieds sur terre ? Peut-être pas. Dans le nuage qui avait fini par m’envelopper tout à fait, ensuite, j’ai suivi la direction qu’il prenait, insensiblement. Le nuage de brume ne m’emportait pas avec lui. On aurait dit plutôt – c’est ce que moi, du moins, j’aurais dit si je m’étais vu de l’extérieur – que c’était moi qui lui conférais son mouvement. »

Jérôme Orsoni, Le feu est la flamme du feu

Ces phrases m’ont énormément troublé. J’ai eu la sensation (non : la certitude) qu’elles décrivaient précisément un mouvement qui m’était familier, habituel. Pourtant, j’ai utilisé moi-même des métaphores comparables (au sujet d’un de mes personnages, j’ai écrit qu’il se déplaçait « sur une nappe d’air, sans toucher le sol ») sans ressentir jamais le même trouble. Là, pendant ma lecture, j’ai reconnu une façon de me déplacer que je pratique souvent. Je m’élève très légèrement au-dessus du sol (de vingt centimètres, pas plus) et j’agite mes jambes en rythme, comme pour une marche cadencée : ce mouvement, pourvu qu’il reste bien régulier, suffit à me déplacer, sans que j’aie besoin de me poser par terre à nouveau. Je parcours des distances importantes de cette façon-là. Après avoir lu cette nouvelle, j’ai cherché dans quelles circonstances exactement j’avais exercé cette habitude, car, tout de même, je me rendais bien compte que ça n’était pas banal. J’étais perturbé de ne pas réussir à retrouver le décor, le moment, le contexte. Impossible de me souvenir, parce que ce mouvement est naturel, pour moi. Essayez de vous rappeler en quelle circonstance vous avez expérimenté la marche à pied, par exemple : impossible, car cela fait tellement partie de vous… Vous savez que vous le faites, mais vous ne savez pas pourquoi ni comment. Bon. Alors je me suis rendu à l’évidence : je fais ça souvent. Vraiment ? C’est tout de même bizarre… J’ai réfléchi encore, et j’ai compris : ce doit être dans les rêves que je fais ça.

Dans mon rêve, donc : je visite ce bâtiment industriel. Un immense escalier plonge devant moi. Ce n’est pas un parcours très agréable : dégringoler toutes ces marches, une par une… Je me dis : voilà l’occasion idéale pour pratiquer ma façon de marcher en l’air, puisqu’il paraît que je ne peux faire ça que dans les rêves… Alors, je commence : j’ouvre et ferme mes jambes comme on actionne des ciseaux, comme le vol stationnaire du colibri, de manière à me maintenir en suspension, quelques centimètres au-dessus du plancher. Puis, j’avance. L’escalier descend, moi je reste en l’air. J’avance encore, en réduisant mon altitude, peu à peu, afin de me maintenir à égale distance des marches. Je descends l’escalier à ma façon.

Ce serait la campagne

Des gens sont à demi-nus dans la gare de Lyon. Les jambes, les bras, le cou dans les vêtements échancrés : le pourcentage de peau libre est supérieur à celui de la peau couverte. Même les dix centimètres carrés dissimulés par le masque ne suffisent pas à faire basculer la majorité absolue : les gens sont à demi-nus, je persiste à le dire ; et le vrai scandale, dans cette gare aujourd’hui, ne serait pas la cuisse ou l’épaule offertes, mais le visage.

Je me rappelle une autre pudeur, alors que nous arrivons au bord du Loing, que le soleil commence à nous cuire doucement et que la rivière clapote, doucement aussi : l’été dernier, dans le même village, j’avais voulu me tremper dans cette eau, tant il faisait chaud, et j’avais craint de me déshabiller dans un lieu fréquenté. Sortant du bain, tout mouillé, j’avais retiré mon slip le plus furtivement possible pour enfiler mon short sec. J’avais craint, non pas d’être vu, mais de choquer. Car ce que je fais, je le fais parce que ça me fait plaisir de le faire, non pas pour le plaisir de déranger. De la même façon ce matin, dans le train désert, regardant à droite et à gauche, vérifiant que personne ne se trouvait dans notre wagon, J.-E. et moi avons baissé nos masques pour parler. Aucun goût de la transgression ne nous animait, je vous l’assure, mais la même crainte d’être pris pour ce que nous ne sommes pas : des provocateurs. « La pudeur s’est déplacée », dis-je à J.-E. en observant, sur le parapet du quai, les marques des crues successives de la rivière : « Jusqu’à cette raie ». Aujourd’hui j’ai gardé mon slip.

Presque personne dans le village. La marchande de glaces nous demande si nous venons de Paris. Elle dit que, le week-end dernier, il y avait foule : « Chez le glacier de Barbizon, des gens se sont battus, la police a dû intervenir. »

Sur le chemin de halage, on est seuls au monde. Ah, non : ces chants passionnés, dans l’ombre, on dirait qu’il ne s’arrêteront plus. Ce serait donc la saison des amours, chez les grenouilles ? On monte vers la forêt, on longe la tranchée du chemin de fer, si profonde qu’on ne voit presque plus les poteaux dépasser du taillis. On s’enfonce dans un sous-bois. Au-delà, un hameau et une maison énorme, biscornue. Une fantaisie. Un panneau nous explique que Rosa Bonheur y a vécu. C’est un musée. Je remarque, sur une vitre, une licence de débit de boissons.

« On reviendra quand le salon de thé sera ouvert.
— On pourrait même y donner rendez-vous à des amis. On leur dirait : Prenons un verre au Rosa Bonheur, mais pas à celui des Buttes-Chaumont. »

Le Rosa Bonheur des Buttes, c’est surfait : c’était bien il y a dix ans. Nous, on irait à celui de By, commune de Thomery. Ce serait le dernier snobisme. On écouterait les grenouilles. On quitterait Paris de temps en temps, ce serait la campagne.

Je ne saisissais pas les subtilités

J’ai seize ans. La prof de français nous fait travailler sur le thème de l’autobiographie. Elle propose, parmi d’autres livres, W ou le souvenir d’enfance, qui devient aussitôt ma porte d’entrée vers le monde fascinant de Georges Perec. Quelques semaines plus tard, je lis La disparition. Dans mon journal, j’écris mon enthousiasme – que dis-je : ma passion – pour les jeux de mots, les expérimentations, l’humour sophistiqué de Perec. Je découvre son grand palindrome. Je crois alors que la chose qui me plaît tant, chez Perec, c’est cela : le plaisir des mots, le jeu. Je n’ai pas conscience du mouvement profond qui guide ma main lorsque je joue, avec lui, à recomposer des puzzles.

J’écris mon journal au fil de la plume, sans me relire. Il est probable que je rouvre ce carnet pour la première fois aujourd’hui.

Vendredi 23 avril 2004
J’ai fini La disparition. C’est génial. Non seulement c’est un exercice très intéressant, ce truc d’écrire sans « e », mais le livre ne s’arrête pas là : l’intrigue est extraordinaire d’intelligence, il y a du suspense, on se demande « Mais où veut-il en venir ? » On découvre les personnages un à un : Anton Voyl, Amaury Conson, Arthur Wilburg Savorgnan, Douglas Haig Clifford, Olga Je-ne-sais-plus-quoi (un nom compliqué, genre Mavrhokodratos). En fait, ils ont tous un lien de parenté ou une histoire commune. Tout est révélé à la fin. Tout le monde meurt, au long du bouquin. C’est très étrange. Quel génie, ce Perec (et non « Pérec », comme s’obstine à l’écrire la prof de français… alors qu’il explique longuement, dans W, l’origine de son nom…) Je me suis aperçu que c’était lui qui avait écrit la préface du livre de Gotlib (le recueil de la Rubrique-à-brac tomes 4 et 5 et Trucs-en-vrac tome 1), qu’on avait acheté ensemble avec papa. Ce livre a une grande valeur pour moi. La préface, pendant longtemps, je ne la lisais même pas, je la trouvais ennuyeuse. Je l’ai relue récemment : elle est très drôle. C’est un gros délire, mais sous un abord très sérieux. C’est pour ça que je ne comprenais pas : je ne saisissais pas les subtilités.

Je m’émerveille. Que c’est beau : ce que l’écriture permet. Sur cette page de journal, ce n’est pas moi qui parle, c’est mon écriture. Moi, je prétends que j’aime les jeux de mots ; une association d’idées me porte alors vers les BD de Gotlib qui me faisaient tellement rigoler. Mais mon écriture, pendant ce temps, dit autre chose. Elle dit : « la disparition ». Elle dit : « tout le monde meurt ». Puis : « l’origine de son nom », « ensemble avec papa » et « ce livre a une grande valeur pour moi. » L’écriture me dit : la chose importante dans la lecture de Perec, la chose importante dans mon écriture même, c’est : me souvenir de lui, sans qui je ne serais pas là, et qui n’est déjà plus là.

« Je ne saisissais pas les subtilités » : à la fin du paragraphe, ce n’est plus l’écriture qui parle, c’est moi, de nouveau.

(…) Je ne retrouverai jamais, dans mon ressassement même, que l’ultime reflet d’une parole absente à l’écriture, le scandale de leur silence et de mon silence : je n’écris pas pour dire que je ne dirai rien, je n’écris pas pour dire que je n’ai rien à dire. J’écris : j’écris parce que nous avons vécu ensemble, parce que j’ai été un parmi eux, ombre au milieu de leurs ombres, corps près de leur corps ; j’écris parce qu’ils ont laissé en moi leur marque indélébile et que la trace en est l’écriture : leur souvenir est mort à l’écriture ; l’écriture est le souvenir de leur mort et l’affirmation de ma vie.

Georges Perec, W ou le souvenir d’enfance

Aujourd’hui, je sais pourquoi je lis Perec. Je veux dire : je suis plus conscient de mes lectures qu’il y a seize ans, quand j’avais seize ans. Mais ; ce que j’écris, oh, je ne sais pas très bien le lire encore. Je rouvrirai tout ça dans seize ans, et je comprendrai mieux.

En attendant de tout comprendre, c’est maintenant que je dois relire Les présents. J’ai reçu l’épreuve : vous ai-je dit comme la couverture illustrée par Roxane est belle, comme je suis fier de ce livre, comme je suis heureux de travailler avec mon éditeur ? Si j’explique à Guillaume que je relirai l’épreuve tranquillement dans seize ans, à tête reposée, il va me dire qu’on prend du retard sur le planning.